Cannabis médical « L’expérimentation n’est plus le sujet. »

par | Sep 11, 2020 | Politique | 0 commentaires

POINT DE VUE Béchir Saket est cofondateur de l’organisation L630, partie prenante au sein du Collectif act. Il en assure la coordination depuis plus d’un an et constitue l’un des acteurs essentiels du plaidoyer en la matière. Il apporte dans cet éditorial son point de vue sur l’expérimentation du cannabis thérapeutique.

Le cannabis à visée médicale est un sujet récurrent de l’actualité politique. Objet de controverses scientifiques[1] autant que de débats médiatiques depuis de nombreuses années, il s’inscrit aujourd’hui durablement dans le paysage français. Cela est notamment dû à la prise de conscience politique de quelques députés et de l’engagement des associations de patients qui, depuis plus de vingt ans organisent événements et colloques, écrivent et font publier des livres toujours plus pertinents.

Le bilan tenu de deux ans de mobilisation

De cette mobilisation est né le projet d’expérimentation du cannabis thérapeutique. Suggéré en juin 2018 par Olivier Véran alors député, l’idée séduit le Ministère de la Santé. Il créé quelques mois plus tard un comité scientifique pour lui donner corps.

Deux ans jour pour jour après le lancement du premier comité, le chantier de l’expérimentation réclame encore des efforts : L’agenda est difficile à tenir, les délais sont trop courts, le budget n’est pas là et tout le monde s’impatiente.

Doit-on abandonner le projet d’expérimentation ?

Deux ans après, l’idée de l’expérimentation s’éloigne. Elle est devenue un accommodement déraisonnable.

Non parce qu’elle serait foncièrement mauvaise. Que le cannabis ne soit pas réservé en première intention et que le médecin soit préalablement formé sont de bonnes choses. L’ANSM a fait de son mieux. En deux ans d’ailleurs, la relation entretenue avec l’agence a profondément changé. Il faut dire qu’elle a fait des efforts et des gestes symboliques en faveur des malades. D’abord en invitant la quasi-totalité de celles et ceux qui souhaitaient s’exprimer et en retranscrivant systématiquement les débats et auditions. Ensuite en intégrant pour la première fois les associations du terrain. Enfin en ouvrant un vrai débat démocratique avec les acteurs désignés aux auditions.

Et si on passait à la vitesse suivante en matière de cannabis médical ?

Deux ans plus tard, force est de constater que la responsabilité gouvernementale dans la lenteur du processus et l’absence de budget est inéluctable. Je crois qu’il faut envisager la mise en place d’un programme de cannabis médical en France au plus vite. Mettre un terme à la pénalisation des malades est devenu une urgence. Puisqu’il est difficile de distinguer les usages, mettre un terme à la pénalisation des consommateurs de drogues en général est une nécessité. Et pour éviter de nourrir le trafic, il faudrait arrêter de pénaliser la production personnelle. Dans de trop nombreux cas, elle pallie les manques d’un Etat qui condamne plutôt qu’il ne protège.

L’expérimentation est un projet dont je redoutais qu’il finisse mort-né. Aujourd’hui, à moins d’un réveil immédiat et significatif du gouvernement, il est difficile d’imaginer qu’elle voit le jour.


[1] Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (2019), Usage médical du cannabis et des cannabinoïdes: questions et réponses à l’intention des décideurs politiques, Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg.