Dans cette ère, où tout n’est que spécialisation, un médecin sur cinq que vous consulterez vous renverra vers un autre médecin.

Jeff Rovin

Dans un récent point d’information, le Comité Scientifique Spécialisé Temporaire de l’Agence du Médicament plaide pour une expérimentation où des conditions importantes reposent à la fois sur le prescripteur et sur le patient.

Ainsi, le prescripteur doit être un « médecin spécialiste dans les cinq indications [fixées par l’Agence du Médicament]« . Autrement dit, il doit être neurologue, oncologue, algologue ou médecin des soins palliatifs ou spécialisé en soins de support. Les spécialistes qui exercent en libéral sont d’office exclus de l’expérimentation puisqu’il faut travailler au sein d’un centre de référence. L’ensemble des spécialistes précités qui travaillent dans un centre de référence ne sont pas contraints de participer à l’expérimentation – on ne créé pas de droit à consommer du cannabis médical. Il faut que le médecin soit volontaire. Enfin, chaque médecin qui compte prescrire doit suivre une « formation préalable obligatoire (plateforme e-learning) pour l’inclusion des patients« .

Un cadre (trop ?) restrictif

Si le volontariat est une condition pertinente (on ne va pas demander aux médecins de renier sur leur liberté de prescription à l’envers), le principe d’une formation préalable obligatoire est pertinent à la condition qu’il concerne l’ensemble des médecins.

Si la formation joue un véritable rôle et qu’elle est vraiment pertinente, les médecins spécialistes ne doivent pas être les seuls à en profiter. A l’inverse, si la formation est relative, alors il faut la rendre facultative pour que le peu de médecins spécialistes intégrés dans les centres de références ne soient pas découragés.

Sur un système aussi restrictif, la République-Tchèque par exemple conclut les cinq premières années de son programme avec 57 médecins prescripteurs. De son côté, le Luxembourg s’est rendu compte de son erreur et a ouvert les formations à l’ensemble des médecins prescripteurs, trois mois seulement après le décret initiant l’expérimentation du cannabis à usage médical.

Multiplier le nombre de prescripteurs pendant l’expérimentation ?

Fixer de telles conditions cumulatives revient à prendre le sujet du cannabis à usage médical à l’envers. Si l’objectif de l’expérimentation est de préparer une généralisation, il vaut mieux réunir un nombre important de prescripteurs et profiter de l’opportunité d’associer les patients qui seront sélectionnés pour pouvoir former correctement chaque médecin.

Sur ce point, nul ne saurait remettre en cause la pertinence d’une Agence du médicament qui ouvrirait la primo-prescription aux médecins. Il est vrai que la méthadone comme la buprénorphine ont bénéficié d’un système comparable au milieu des années 1990 :

  • Sauf que le cannabis n’est pas prescrit à des toxicomanes.
  • Sauf que ces produits ne relèvent pas de la même toxicité.
  • Sauf que ces produits ne répondent pas aux mêmes indications.
  • Sauf que les Traitements de Substitution n’ont pas convaincu tous les médecins et nous retrouvons encore aujourd’hui la marque d’un rejet d’une partie de la profession.

En d’autres termes : ni les produits, ni la période, ni le contexte ne sont les mêmes. Si les prescripteurs sont déjà condamnés, que le Comité Scientifique semble – malheureusement, tétanisé à l’idée de les convaincre et de les intégrer, alors la baleine aura accouché d’une souris, et de « mise en oeuvre d’un usage médical » on se sera échoué sur les rives d’un essai clinique élargi.